Si vous avez déménagé au Panama ou si vous envisagez de le faire, il y a un concept qu'il convient de comprendre avant tout autre : la résidence fiscale. Ce n'est pas la même chose que votre visa ou votre permis de résidence migratoire, et quelque chose de très concret en dépend : combien d'impôts vous payez —et combien vous évitez de payer— pour vivre ici.
La bonne nouvelle, c'est que le système panaméen est l'un des plus favorables au monde pour les étrangers. La clé est de bien comprendre les règles. Nous vous les expliquons ici sans jargon technique.
Qu'est-ce que la résidence fiscale ?
La résidence fiscale est le pays où, à des fins fiscales, vous êtes considéré comme “résident”. Elle détermine devant quel État vous devez remplir vos obligations fiscales. Au Panama, elle est régie par l' Article 762-N du Code fiscal.
Une personne peut avoir la nationalité d'un pays, vivre dans un autre et être résident fiscal d'un troisième. C'est pourquoi définir où se trouve votre résidence fiscale —et pouvoir le prouver— est si important.
Résidence fiscale vs. résidence migratoire : ce n'est pas la même chose
C'est la confusion la plus courante, et la plus coûteuse.
Votre visa —retraité, Nations Amies, nomade numérique, etc.— vous donne le droit de vivre au Panama : c'est la résidence migratoire, et elle est traitée par le Service national des migrations.
La résidence fiscale est différente. Elle est reconnue par la Direction générale des recettes (DGI), et non par les Migrations, et exige de remplir ses propres conditions. Avoir un visa en vigueur —même une résidence permanente— ne fait pas automatiquement de vous un résident fiscal. Ce sont deux démarches, deux autorités et deux ensembles de conditions. Supposer que l'une implique l'autre est là où beaucoup de gens se trompent.
Conditions pour les personnes physiques
Est considérée comme résident fiscal la personne physique qui remplit au moins une de ces conditions :
- Séjour au Panama de plus de 183 jours —consécutifs ou non— au cours d'une même année fiscale.
- Établir une résidence permanente dans le pays, ce qui démontre un ancrage même sans dépasser la limite de jours.
En pratique, la DGI évalue que votre centre d'intérêts —économiques, personnels et administratifs— se trouve réellement au Panama. C'est pourquoi pèsent des éléments comme un contrat de location ou un titre de propriété, les factures de services à votre nom et, surtout, le registre officiel de vos entrées et sorties du pays.
Conditions pour les personnes morales (entreprises)
Une entreprise constituée au Panama est considérée comme résident fiscal lorsqu’elle dispose de moyens matériels de direction et d'administration sur le territoire national. Autrement dit : au-delà du lieu où elle a été constituée, les décisions stratégiques et la gestion effective se déroulent depuis le Panama.
Peuvent également se qualifier les sociétés constituées à l'étranger qui ont leur direction et leur administration au Panama et sont dûment inscrites au Registre public.
Le point clé : le système territorial
Voici la raison pour laquelle tant d'étrangers choisissent le Panama.
Le pays applique un système d'imposition territoriale: seuls les revenus générés à l'intérieur du Panama sont imposés. Les revenus de source étrangère —votre salaire à distance d'une entreprise d'un autre pays, ce que vous paient des clients à l'étranger, vos investissements hors du pays— ne paient pas d'impôt sur le revenu au Panama.
Cela signifie, en termes pratiques, qu'un retraité avec une pension de l'étranger ou un professionnel à distance qui facture des clients hors du pays, en règle générale, ne paie pas d'impôt sur le revenu panaméen sur ces revenus. Seuls les revenus de source panaméenne sont imposés (à des taux allant de 0% dans les premières tranches à 25% dans les plus élevées).
Une précision importante pour les nomades numériques : le visa de travailleur à distance de courte durée est justement conçu pour ceux qui travaillent pour des employeurs ou des clients hors du Panama. Maintenir cette condition —ne pas fournir de services à des clients panaméens— est ce qui conserve à vos revenus leur caractère “de source étrangère”.
Le Certificat de Résidence Fiscale (CRF)
Prouver votre résidence fiscale devant d'autres pays nécessite un document officiel : le Certificat de Résidence Fiscale, délivré par la DGI. Il sert, avant tout, à deux choses : prouver auprès du fisc d'un autre pays que votre résidence fiscale est au Panama, et appliquer une convention pour éviter la double imposition lorsqu'il en existe une.
Points pratiques :
- Il est délivré par la DGI au moyen d'une résolution, après vérification que vous remplissez les critères. La charge de la preuve incombe au demandeur.
- Il peut être demandé pour un usage général (devant n'importe quel fisc du monde) ou pour appliquer une convention spécifique de double imposition.
- Il a une validité approximative de 12 mois: il doit être demandé à nouveau chaque année.
- Depuis 2022, parmi les conditions minimales, on exige le certificat de mouvement migratoire (entrées et sorties) délivré par les Migrations.
Réunir correctement cette documentation —et bien argumenter la demande— est là où une erreur retarde ou fait échouer la démarche.
Et si je suis citoyen des États-Unis ?
Important : les États-Unis imposent leurs citoyens en raison de leur nationalité, où qu'ils vivent. Déménager au Panama ne supprime pas votre obligation de déclarer auprès de l'IRS.
Il existe des mécanismes du côté américain (comme l'exclusion des revenus gagnés à l'étranger, FEIE) qui peuvent réduire ou éliminer ce que vous payez, mais cela se gère aux États-Unis et il convient de le revoir avec un spécialiste en fiscalité de ce pays. En résumé : le Panama n'impose pas vos revenus étrangers ; votre pays d'origine est une autre histoire.
Conventions pour éviter la double imposition
Le Panama a signé des conventions pour éviter la double imposition avec une quinzaine de pays —parmi lesquels l'Espagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Mexique, entre autres—. Si vous êtes ressortissant ou résident fiscal de l'un d'eux, le Certificat de Résidence Fiscale panaméen est un outil particulièrement utile pour éviter que le même revenu soit imposé deux fois.
Comme la liste et les termes de chaque convention changent, il convient de vérifier le cas de votre pays en particulier avant de prendre des décisions.
En résumé
La résidence fiscale définit devant quel pays vous répondez de vos impôts, et au Panama elle peut être un avantage considérable : système territorial, revenus étrangers exonérés et un certificat qui vous permet d'ordonner votre situation face à d'autres fiscs. Mais les règles sont précises —183 jours, logement permanent, centre d'intérêts, documentation auprès de la DGI— et la différence entre résidence migratoire et fiscale engendre des erreurs coûteuses.
Si vous avez des doutes sur votre situation particulière —en tant que personne ou en tant qu’entreprise—, les bons conseils juridiques et fiscaux sont le moyen le plus sûr de respecter la norme et de profiter des avantages sans accroc.
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